Blog bus et autocars Articles et actualités de Pysae pour les responsables marketing et les dirigeants de sociétés de transport de voyageurs
[Entretien] Témoignage d'un métier: Entrepreneur

Aménagement & Territoires : Peux-tu nous présenter ton parcours professionnel ?

Nicolas Jaulin : Je suis aujourd’hui cofondateur de la start-up Pysae. Pysae
développe une solution innovante car légère pour géolocaliser les transports
publics en temps réel et produire de l’information voyageurs. Pysae utilise
de simples smartphones installés dans les bus. Je suis diplômé de l’ENTPE de la promotion 2008 en filière transport et aménagement du territoire. En dernière
année de l’ENTPE j’ai fait un double cursus avec le master TURP, co-organisé par l’ENTPE et l’Université de Lyon. Depuis l’obtention de mon diplôme j’ai travaillé à Egis à Lyon et à Systra à Paris en tant qu’ingénieur d’études puis ingénieur d’affaires sur des missions de conseil en mobilité. A Systra j’ai notamment eu l’occasion de travailler sur des projets en région parisienne, à Lyon, à Grenoble, au Maroc,en Algérie, en Géorgie et en Pologne.

En 2012, j’ai eu le pressentiment que le numérique allait fortement perturber nos vies quotidiennes et nos activités professionnelles, notamment dans le domaine de la mobilité. J’ai souhaité approfondir mes connaissances sur le sujet. En 2012-2013, j’ai donc effectué un master en informatique au Trinity College à Dublin en Irlande pendant un an dans le cadre d’une disponibilité à Systra.

A mon retour en août 2013, Grégoire Piffault et moi, nous nous sommes associés
pour démarrer le projet Pysae. Nous lançons l’entreprise sur un mitemps.Nous restons à Systra pendant l’autre mi-temps. Nous enregistrons la société en janvier 2014. Nous installons notre premier site de géolocalisation des bus avec des smartphones en juillet 2014 à Saumur. Le développement de l’entreprise continue depuis.

Grégoire Piffault, mon associé, est en charge du développement technologique quant à moi je suis en charge du développement commercial.

A&T: Pourrais-tu nous présenter le projet Pysae plus en détail ?

NJ : Pysae propose une solution légère pour produire de l’information voyageurs
en temps réel dans les transports publics basée sur de simples smartphones installés dans les bus.

L’information voyageurs en temps réel est un service très important pour tous
les voyageurs. Cela consiste à savoir où est son bus et dans combien de temps
il arrive. La société Moovit qui propose une application pour les voyageurs
dans plus de 600 villes dans le monde a réalisé en janvier 2014 une grande enquête auprès de tous ses utilisateurs. L’absence d’information temps réel est le problème prioritaire avec les transports publics selon 81% des sondés. A Pysae, nous estimons qu’en France, plus de 75% des bus et cars qui circulent sont dépourvus de système
d’information en temps réel.

Ces chiff res montrent bien le besoin pour des solutions comme celle que développe
Pysae. Les solutions classiques comme celles qui sont installées à Paris,à Lyon, ou dans les grandes agglomérations françaises n’apportent pas une réponse satisfaisante à ces besoins. Ces solutions sont trop lourdes, trop complexes et trop chères pour être déployées à grande échelle en France, ou dans les métropoles en forte croissance des pays en développements d’Asie,d’Amérique Latine et d’Afrique. C’est
dans ce cadre que Pysae a développé une solution légère et fl exible à base de
smartphones installés dans les véhicules.

A&T : Pourrais-tu nous donner quelques références de Pysae ?

NJ : Pysae a été déployé dans un premier temps à Saumur sur deux bus de l’agglomération en juillet 2014. En décembre 2014, nous avons commencé une expérimentation avec la SNCF en région Midi-Pyrénées pour équiper des cars TER et des cars régionaux 10 véhicules ont été équipés. La SNCF s’intéresse à ces sujets car elle est amenée à faire circuler de plus de plus de cars (remplacement de trains à certaines heures lors de travaux sur le réseau ferré ou en cas d’incident). Ces
véhicules sont aujourd’hui dépourvus de tout système d’information temps réel.

En janvier 2015, nous démarrons une autre expérimentation avec le Conseil Général d’Eure-et-Loir et Transdev pour équiper 8 cars sur des lignes interurbaines. Le département gère aujourd’hui une fl otte de près de 500 véhicules dont aucun n’est équipé de système d’information temps réel.Nous finalisons actuellement un projet
avec CarPostal à Dole où nous alimentons des bornes d'information voyageurs aux arrêts grâce aux données temps réel produites par les smartphonesPysae. Ce projet est une étape importante dans notre développement car il montre que notre système
embarqué léger est capable d'alimenter des systèmes au sol plus lourds de la même manière que les systèmes embarqués classiques. Le client est très satisfait du résultat.

D’autres projets, dont certains conséquents, sont en cours de préparation.

A&T : Etre co-fondateur d’une start-up ne doit pas être facile. Pourrais-tu nous
en dire plus sur tes activités ?

NJ : Créer une entreprise est une activité qui nécessite beaucoup d’énergie,
ainsi que beaucoup de patience et beaucoup de recul. Il s’agit de ressources
contradictoires. Il est difficile de prendre du recul pour analyser l’évolution de fond des éléments lorsque l’on travaille sur le projet de manière quotidienne et intensive. La patience est importante car certaines prises de conscience et certaines décisions prennent du temps. Il faut savoir gérer ces délais. Réussir à réunir ces trois ressources est selon moi la clé de la réussite.

Le second challenge du co-fondateur est d’être totalement poly-compétent.Il faut être tour à tour : gérant, commercial,manageur d’équipe, chef de projet, ingénieur, financier, responsable marketing, responsable de la communication, juriste, etc.

La troisième composante du rôle de co-fondateur d’entreprise est l’apprentissage
permanent. Chaque semaine l’entreprise, et donc nous même les co-fondateurs, nous sommes mis face à de nouvelles perspectives pour l’entreprise, mais aussi face à de nouveaux problèmes. Les problématiques à gérer sont différentes. Il nous faut
apprendre. Nous apprenons grâce à des ressources théoriques (livres ou site Internet). Nous apprenons aussi un maximum en nous s’appuyant sur les personnes qui nous entourent : proches, clients, fournisseurs, investisseurs, conseillers, etc. Enfin, nous apprenons beaucoup par la pratique en fonction des expériences qui ont
réussi ou qui ont échoué.

Article initiament parue dans la revue Aménagement et Territoire le 27 avril 2015

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Matthieu Pascal